Bribes de Dressage

Et oui, ça faisait longtemps, il est l'heure du pavé technique periodique !
A l'occasion d'un post sur le forum ChevalMag, on va parler de dressage élémentaire.


-l'impulsion : on retrouve généralement cette définition quelques peu incomplète : "désir naturel ou acquis du cheval de se porter en avant". Je ne suis pas d'accord, puisqu'à l'obstacle ou en haute école, c'est pas vers l'avant, mais vers le haut qu'on veut aller, au reculer en arrière, en appuyer vers le côté... c'est immensémment incomplet. Pour moi, l'impulsion c'est le "désir naturel ou acquis du cheval de se porter là où le cavalier lui indiquera d'aller", ça a beau être très très mal formulé, personnellement je trouve cette définition plus exacte. L'impulsion rentre entièrement dans le cadre du respect des aides et donc du cavalier.



-l'engagement : cheval qui se juge.méjuge, hm... ça implique postérieur qui avance sous la masse. Ca ce n'est pas de l'engagement, c'est de la propulsion. Et que fait-on des chevaux raides ou trop souples ? Nous avons ici un cheval hypra raid qui ne pourra jamais se juger, trop de problèmes à la colonne. Un autre au contraire, est une anguille sur patte, et pourra se méjuger sans pour autant engager une cacaouhète à la pistache.
La seule et unique constante que l'on retrouve c'est la descente des hanches et le report de la masse vers les postérieurs, les deux vont assez de paire, c'est uniquement ça l'engagement. Une fois les hanches descendues, on peut faire monter le dos en contractant les abdominaux, en relevant la base de l'encolure, etc...
Bien sur, en fonction de l'exercice, les hanches descendront plus ou moins (un piaffer demandera immensément plus d'engagement qu'un appuyer, par exemple)



-Le placé : alors, le placé du cheval, mettons-nous bien d'accord, un cheval en place c'est un cheval nuque au point le plus haut, chanfrein tutoyant la verticale, hanches abaissées (donc qui engage) comme nous l'illustre si bien P.Karl ici (c'est peut être sa femme à chval, j'avoue que j'ai pas pris la photo où on voit le mieux, mais ça revient au même, on voit bien l'attitude du cheval ^^)



Comme le dit si bien ce très grand écuyer, la mise en place de l'avant du cheval, c'est une histoire de mains, pas de jambes... Les jambes ça demande l'engagement, ok, mais un point c'est tout (j'exagère un peu, volontairement, je sais bien que les jambes jouent aussi un rôle dans l'équilibrage du cheval, notamment). Le relèvement de l'encolure, la cession de la machoire, la décontraction de l'avant-main qui est un préalable nécéssaire à la décontraction totale, c'est bien une histoire de mains, pas de jambes. Bien sur, à terme, la main devient discrète, imperceptible, mais elle est néanmoins présente !

Eclipse : tu dis "Par contre , il est vrai que les doigt peuvent servir. seulement, le moins possible est ce qu'il y a de meilleur."
Je suis d'accord, mais il ne faut pas oublier que celà est valable aussi pour les jambes et l'assiette. La progression dans la descente de mains se fait parallèlement à la progression dans la descente de jambes (descente de mains/jambes, ça ne veut pas dire forcément baisser les mains hein, mais descente dans l'intensité des actions), et pas de façon séparée; jamais de façon séparée, si on veut que ça aille bien et dans la décontraction.

Comme le dit mon prof', "on peut se passer de tout à cheval, sauf deux choses ; les mains et l'assiette". Et à ceux qui me diront qu'on peut placer un chval avec une cordelette autour du cou, je dis oui, mais la cordelette, elle est bien tenu par la main, qui agit donc, en donnant de simples indications, mais elle fait quelque chose quand même Le but, en bride ou en filet, est le même, à terme, n'avoir à donner que des indications de direction. Mais il est assez difficile de placer un chval les mains attachées dans le dos, vous en conviendrez.

Pour résumer, la progression logique pour mettre en place un chval : 1°/ impulsion, 2°/ engagement, 3°/ relèvement de la base de l'encolure, 1+2+3 donne après un peu d'adaptation du cheval et du travail de compréhension 4°/ nuque au point le plus haut, et 1+2+4 => cheval en place.
Bien sur, et c'est pour celà que je ne l'évoque pas, tout ça se fait dans la décontraction. Ca ne sert à RIEN de travailler un cheval contracté. La décontraction commence bien sur par le cession de machoire, mais c'est un préalable "nécéssaire non suffisant", à savoir qu'un cheval décontracté dans la bouche ne sera pas forcément décontracté partout. Par contre, c'est certain qu'un cheval contracté dans la bouche le sera sur tout l'axe dorsal.



-Légèreté à la main, franchissement du mors : j'aimerais revenir sur ce point. Il ne faut pas confondre absence de tension et absence de contact. Et il ne faut pas non plus confondre cheval derrière la main et cheval qui fuit le mors. Ce sont deux choses différentes.
On voit bien sur la photo que j'ai mise précédemment que les rênes du cavalier sont... détendues. Aucune tension. C'est bien ça la légèreté à la main, ne rien avoir entre les doigts. Monter sans poids dans les rênes, donc... sans tension constante de la rêne. Attention, ça ne veut pas dire sans contact, puisque le simple fait d'avoir une main posée sur une rêne attachée au mors créé un contact. Mais c'est une incompatibilité avec la légèreté que d'avoir un cheval sur le mors avec une tension constante, ne serait-ce que parce-qu'on a du coup toujours du poids dans les mains; sans compter le fait qu'une tension constante créé forcément une contraction dans la bouche (faites le test, tirez vous les commissures des lèvres en arrière, au bout de quelques secondes celà va être tellement incomfortable que vous allez contracter, presque par réflexe, pour le chval c'est pareille).
Pour celà, on apprend au cheval à se tenir derrière la main, sans venir chercher son mors, bien au contraire, mais à rester derrière. Ca ne veut pas dire qu'il fuit le mors, c'est même l'inverse : si jamais on a besoin de prendre un contact plus franc, le cheval doit l'accepter. Mais ce n'est certainement pas au cheval de venir prendre le contact, c'est au cavalier que cette initiative est réservée.
Et avec des rênes détendues, on peut obtenir tout, dans la légèreté la plus parfaite (CF les nombreuses photos de Philippe Karl, où l'on voit très nettement que les rênes sont détendues, et où le cheval reste en place, hanches abaissées, tout en effectuant des airs des haute école que de nombreux dresseurs prétenduemment professionnel seraient incapables de réaliser.)

Le principe de la barrière des mains, c'est que le cheval apprend à rester derrière la main : si celle-ci monte, le cheval monte SANS aller chercher le mors, mais bien parce-qu'il doit rester derrière. Comme le mors monte, il doit monter aussi. Si au contraire la main descend et avance, on donne de la liberté au cheval, qui peut aller vers le bas et l'avant : extension d'encolure. Au contraire, pivot de la main intérieure et raccourcissement de la rêne correspondante, incurvation ou flexion d'encolure. Main un peu haute, jeu dans les doigts => nuque au point le plus haut, cession de la nuque et de la machoire, jambes ou assiette pour demander l'engagement, on la mise en place.

Bien évidemment tout ce que je décris là c'est avec un cheval déjà bien éduqué, après une certaine quantité de travail et une musculature adaptée. Mais tout celà est facile à obtenir du moment que le cheval se tient, et c'est le plus important DE LUI MEME, sans être "porté" par le cavalier comme c'est le cas chez un cheval qui vient chercher le mors et qui le franchit (peu importe ce qu'on peut en dire, mécaniquement, dès qu'il y a tension constante, il y a appui du cheval, même si c'est léger, c'est forcé), derrière la main. Et je me répète, il n'est bien évidemment pas question de ne pas avoir de contact, mais pas de tension, et il n'est pas non plus question pour le cheval de fuir le mors, si le CAVALIER prend un contact plus franc, le cheval doit pouvoir l'accepter, mais uniquement à l'initiative du cavalier.

# Posté le mercredi 21 mai 2008 16:29

Going @ TCF

Going @ TCF
Bon, quand même, faut bien que j'en parle un peu. Elles vont m'en vouloir sinon ^^

Trois autres petites pestes qui monte à cheval de l'autre côté du bois, un trio infernal version Touringe, j'aurais nommé Alice, Camille et Rose (Ndlr : l'ordre est alphabétique, rien d'autre :D)

What to say, concurrents sur les terrains de concours, montant dans des clubs différents, tout était fait pour qu'on ne se parle jamais ^^
Mais bon, le destin en a décidé autrement (hmmm l'est temps que je recycle mon dictionnaire des expressions pourries moi...). On avait au moins une chose en commun, le dadou. Aujourd'hui, non content de squatter de temps en temps leur joli petit club (eux au moins ils ont une carrière digne de ce nom), je les accompagne même à Fontainbleau (et, accessoirement, je me lève à 4h du matin pour ces 3 là, quand même).
And now, j'ose espérer qu'on s'entend plus que bien. Elles peuvent plus se passer de moi xD (cf les protecs de transport, hein Camille :P, sans oublier les 600 photos par reprise et la découverte de nouvelles perspectives dans les sauts de leurs dadou, les antérieurs de Faucon par exemple ^^).

Petits portraits rapides sur une journée (par ordre alphabétique encore, histoire de pas faire de jalouses ^^) :

- Alichou, mit son poney de courses Faucon Noir, grande cavalière qui nous pique régulièrement des classements, pas de noir et marron pour les autres mais sur elle ça va parce-qu'elle a toujours la classe, à qui j'offre son cadeau un peu en retard (quelle idée de faire son cathé juste pour aller au FRAT aussi...) et que j'arrive première à Madrid pour sauter le mauvais obstacle aux CR :P

-Camiou, c'est la vice-championne d'IDF; catégorie poussins :D Avec son nounours, soit le bourriquot le plus insupportable que la terre aît portée, mais bourriquot de première classe quand même ^^ Camille, c'est le rire qu'on reconnaît à 10km. Mais sans Camille, cpas pareille ;) Tu me restresses plus comme ça avant un parcours heeeeeeeein :P

-Rosie, c'est "j'ai fait un tour de merde" qui finit 6ème des championnats. Cherchez l'erreur ^^ Rose dont j'ai pleeeeeeeeein de photos qui ne verront pas le jour, parce-que bon, ce serait dommage qu'elle me fasse la geule ;) Heureusement que je suis là pour l'appeller à sa remise des prix aussi xD

On se souviendra tous des photos que personne ne verra (à part moi bien sur, gare à vous, elles sont toujours sur mon ordi :D bon, pour l'instant il démarre pas mais bon... Ce n'est qu'un détails insignifiant), de la "Campagne champêtre" ou du dodo dans le foin, de la distribution de coca light, du payage de déjeuner et du photographe privé. Journée mémorable à Fontainebleau qui ramène des jolis classement, une bête erreur de parcours et une chaleur etouffante, mais une belle journée quand même !

Bon après ça, va falloir que je sois plus le seul à squatter chez les autres hein :P Cpas que je vous vois jamais dans notre petit manège mais presque, ça va pas du tout cthistoire !

# Posté le vendredi 09 mai 2008 20:34

Modifié le vendredi 09 mai 2008 20:52

De l'amitié

De l'amitié
"L'amitié double les joies et réduit de moitié les peines." - Francis Bacon

Il y avait longtemps que je n'avais fait d'article nouveau. Comme on me l'a fait remarquer aussi, certaines personnes chères à mon coeur ne figuraient pas ici.

Tout le monde sait faire 2+2, je me suis dit que c'était une belle occasion pour pallier à ce vide affreux.

Que dire de Math et Val.. Tant et si peu à la fois ! Je ne saurais pas vraiment où commencer. On n'a beau ne pas toujours être d'accord, parfois même se fritter un peu (mais vraiment un chouillas), on s'aime toujours autant (enfin, j'espère :P). Que de bons moments passés ensemble, j'espère qu'ils continueront.
Deux formidables amies à qui j'ai pu tout confier, qui m'ont toujours aidé dans les moments difficiles, à qui je sais que je peux parler, et sans qui je ferais beeeeeaucoup de bêtises.

Une phrase me vient à l'esprit en écrivant cet article :
"L'esprit oublie toutes les souffrances quand le chagrin a des compagnons et que l'amitié le console." (W.Shakespeare).

C'est particulièrement vrai nous concernant. On ne pleure pas bien longtemps une fois tous les trois réunis, par contre on peut rire longtemps. On se comprend sans se parler, souvent un simple regard suffit. Trio SurInfernal oblige (hein Val :p)

Bref, tout ça pour dire, merci d'être là, chaque jour qui passe. Vivement demain ! Jvous aime fort mes deux sales gosses préférées :D

# Posté le vendredi 25 avril 2008 18:37

Antares, Sellier France

Antares, Sellier France
Comment ça je suis obsédé ?!?
Bon ok, peut-être un peu... Découverte il y a quelques moi (grâce à Aliénor, merci encore :) ) du plus formidable des selliers français : Antarès. Un atelier installé à Saintes, non loin de La Rochelle, où se cache un trésor de l'artisanat national.

De l'excellent travail, du matériel magnifique et de très bonne qualité. Pour moi, ce qui se fait de mieux dans notre bel hexagone en terme de sellerie. J'ai ma selle chez eux, et dire que j'en suis ravi est un très doux euphémisme.

Pour les amoureux de beaux produits, pour les cavalierx exigeants et soucieux du confort de leur cheval, pour tous ceux qui considèrent que l'équitation est un art qui ne saurait se passer des mots d'ordre de la maison : Sécurité, technicité, confort, esthétisme.

Site Internet

# Posté le dimanche 06 avril 2008 20:21

La flexion d'encolure

Eeeeet oui, ça faisait longtemps que je n'avais pas posté d'article un peu technique.
Aujourd'hui, nous parlerons de Flexion d'encolure et d'incurvation !

Incurvations, flexions d'encolure : différences et intérêts de ces exercices


I. Introduction
L'idée de cet article m'est venue de l'observation des terrains de concours, et des réflexions de certains cavaliers. J'ai pu voir et entendre de nombreuses choses qui m'ont fait remarquer que la flexion d'encolure et l'incurvation du cheval sont deux éléments bien souvent confondus, mal compris, ou mal expliqués.
L'objet de cet article est d'expliquer, clairement et le plus simplement possible, ce qu'est l'incurvation du cheval, ce que peut être un exercice fait « dans l'incurvation », et ce qu'est une flexion d'encolure, à quoi tout cela peut bien servir, et ce que ça implique chez le cheval. Autant prévenir tout de suite, ça va être un peu technique. Je vais essayer d'être le plus clair possible, toutefois je ne suis pas aussi doué que Jediette pour la vulgarisation, j'espère que vous saurez être indulgents ^^

Petit remarque préliminaire, je ­base­ cet article sur mon expérience de cavalier d'obstacle, et sur ma petite pratique du dressage. Etant très loin de l'équitation de loisir, d'extérieur, TREC, endurance, etc... il se peut que certaines remarques soit en léger décalage par rapport aux exigences de certaines pratiques équestres. Toutefois, un certain nombre d'éléments sont applicables de façon générale, du moment qu'on parle de cheval.

II. Quelques rappels de biomécanique et d'anatomie

Rassurez-vous, cette partie sera relativement courte. Je commencerais sur ce constat si vrai :
Voilà enfin ce que nous recherchons :

1. Des postérieurs qui engagent, qui viennent chercher loin en dessous de la masse du cheval
2. Des abdos qui font monter le dos
3. Des muscles dorsaux qui se contractent simultanément pour porter le cavalier (centre de gravité au niveau du point bleu, celui-ci varie lors de mouvements, etc)
4. Les ligaments de la nuque et du dos qui se tendent et tirent sur les épines vertébrales pour compléter l'arc dorsal


1°/ La descente de la hanche

Le point n°1 est bien « des postérieurs qui engagent », tandis que le point n°2 parle « des abdos qui font monter le dos ».
On s'aperçoit que lorsque les abdos se contractent et que le postérieur engage, il se produit un effet caractéristique qu'on appelle la « descente de la hanche ». On ne peut pas parler d'engagement sans hanche qui descend. C'est donc ce but précis que l'on doit chercher lorsque l'on travaille son cheval.

2°/ L'incurvation du cheval : entre mythe et réalité

Bon, je sais, beaucoup ont lu Karl, mais c'est pas grave, une petite piqure de rappel ne fera de mal à personne.

Combien de fois dans les manèges (ou dans certains ouvrages que tout le monde connaît ) n'entend-t-on ce genre de phrases :
« Le cheval qui tourne s'incurve du bout du nez jusqu'à la naissance de la queue »
« Plie ton cheval autour de ta jambe intérieure »

Aaaah, si seulement tout cela pouvait être possible. Ce serait tellement simple d'incurver un cheval ! Malheureusement, dans la réalité, ça ne se passe pas vraiment comme ça. L'image du cheval qui « s'adapte parfaitement à la courbe choisie » tout comme le « cheval qui s'enroule autour de la jambe », ou encore la « flexion costale » sont autant d'idées reçues qui sont à effacer au plus vite de sa tête.
En effet, anatomiquement, un cheval n'est pas capable de réaliser de telles choses, pour la bonne et simple raison que sa colonne vertébrale, en dehors de la queue et de l'encolure, est quasiment rigide !
Le seul endroit un peu mobile se situe à la jonction entre les vertèbres dites costales (qui portent les côtes) et les vertèbres lombaires : à ce niveau là, une légère flexion est possible, c'est ce qui nous permet de rentrer ou sortir les hanches. En dehors de ça, entre le garrot et le début de la queue, le cheval ne peut pas, mécaniquement, se plier de façon latérale. En résumé, quand on parle d'incurvation, on parle essentiellement de l'encolure.


Remarque Technique: La remarque n'est là que pour les puristes, et ce que ça intéresse. Je préviens, elle va contenir un peu de vocabulaire technique, et vous pouvez largement vous passer de la lire si ça vous paraît un peu trop compliqué !
Je sens déjà les protestations arriver : la colonne du cheval n'est pas un bout de bois, ça se plie quand même, même si c'est infime, etc... Alors oui, même au niveau du rachis thoracique la colonne se plie, mais de façon absolument infinitésimale, dans le sens où la seule flexion latérale possible est permise par la compressibilité du cartilage intervertébrale (le cartilage est un tissu qui peut être compressé, mais de façon imperceptible), c'est donc si infime que je préfère « simplifier » en disant que ça ne plie pas.


III. Dressage classique et Incurvation


Définition de l'incurvation dans les manuels de dressage : « Cheval droit sur le cercle »


Gnéééé ? Mais qu'est-ce que ça veut dire que ce bordel ?????? C'est vrai, cette définition est un peu floue quand on la prend telle quelle, sans explications. Pour la comprendre, il faut d'abord observer deux choses : un cheval qui tourne, en pleine nature, dans un champ, sans rien sur le dos, et un cheval dressé qui décrit une courbe dans un manège sous la selle de son cavalier (en supposant que le cavalier fasse son tournant correctement bien sur )

On remarque deux différences frappantes : la position de la tête et de l'encolure, et l'équilibre du cheval :
-Le cheval qui tourne « au naturel » va se laisser entrainer par son poids, en se couchant complètement sur sa courbe, et pour compenser ce report de masse sur l'intérieur, va placer sa tête et son encolure complètement à l'extérieur, pour faire contrepoids.
-Au contraire, à la demande de son cavalier, après un long travail de dressage, s'il a été bien fait, un cheval monté va tourner en restant d'aplomb sur son cercle, en reportant un peu plus d'appui sur l'extérieur de sa courbe pour compenser l'appel inévitable de poids qui se produit quand il tourne, le bout du nez à l'intérieur de la courbe. En quelques mots, il va rester droit, sans se coucher sur son tournant : c'est un « cheval droit sur un cercle ». Pour y parvenir, on est obligé d'aller contre le naturel du cheval (décrit juste au-dessus), le forcer à rester en équilibre sur sa courbe, ce qui lui demande un effort relativement important. L'intérêt de réaliser ses courbes dans l'incurvation est de pouvoir tourner, changer de direction, décrire un cercle, sans perte de contrôle sur l'équilibre de sa monture, avantage non négligeable en parcours d'obstacle, et élément indispensable si l'on veut dresser dans de bonnes conditions.

IV. Flexion d'Encolure
1°/ Kesecé ?

La flexion d'encolure, un exercice souvent mal compris, et trop peu employé de nos jours.
Qu'est-ce que c'est donc qu'une flexion ? Tout simplement ce que son nom indique : un plié prononcé de l'encolure du cheval. A noter qu'un cheval peut aller jusqu'à 80/90° de flexion sans trop de problème. Vous n'avez qu'à essayer de lui faire plier l'encolure, à pied, à l'aide d'une carotte, vous verrez à quel point l'encolure est flexible. Je réponds par la même occasion aux critiques qu'on entend partout comme quoi la flexion serait douloureuse pour le cheval... Regardez-le donc se gratter les flancs dans son pré, allant parfois jusqu'à 120/140° de flexion pour y parvenir, je ne pense pas que ça lui paraisse absolument insupportable !

2°/ Mais... A quoi ça sert ?!

Bref, voilà ce que c'est, et on sait maintenant que c'est possible. Mais quel intérêt de reproduire ça en selle ? Une petite expérience est d'abord nécessaire. Mettez-vous debout, et penchez vous à droite, de façon à plier votre colonne. Puis marchez quelques pas en gardant cette attitude. Qu'est-ce que vous constatez ? Que naturellement, pour ne pas tomber, vous allez avoir tendance à reporter du poids sur la jambe gauche (donc extérieure), et que parallèlement à ça, votre hanche droite va être obligée d'avancer plus que la hanche gauche pour que vous puissiez continuer à marcher en restant d'aplomb.
Transposons cela au cheval... Lorsqu'on lui demande une flexion d'encolure en marchant, cela revient à lui demander une attitude similaire à celle que vous venez de prendre. Il va être obligé de... reporter du poids sur l'épaule extérieure et d'abaisser la hanche intérieure (nous avons vu que cela allait de paire avec l'engagement du postérieur correspondant).

Je crois que tout le monde voit à quoi sert cet exercice : il force, mécaniquement, le cheval à travailler l'engagement du postérieur intérieur. Une succession de flexions à droite et à gauche va rapidement avoir comme effet d'amener le cheval à abaisser ses deux hanches, et donc à engager les postérieurs et contracter les abdos, éléments indispensables à son travail dans de bonnes conditions (cf. Article de Mars par jediette). De plus, comme il est obligé de reporter du poids sur l'épaule extérieure s'il ne veut pas se casser la figure, effectuer des tournants en flexion d'encolure va lui apprendre à prendre une courbe dans une bonne attitude. N'est-ce pas merveilleux de pouvoir avoir un cheval qui tourne correctement de lui-même ?
Troisième intérêt, et non des moindres : elle va assouplir le côté extérieur, et muscler le côté intérieur. Répéter souvent des flexions à droite et à gauche va avoir pour effet de muscler tout en gardant souple l'encolure de son cheval, ainsi que le haut de l'avant-main et, par répercussion, l'arrière-main (puisque les postérieurs sont obligés d'engager, ce qui constitue en soit un effort musculaire considérable), et enfin les abdominaux. Un exercice de musculation complet, simple à effectuer, et qui offre l'avantage s'assouplir en même temps.
Quatrième élément, qu'on oublie fréquemment : dans cette attitude, le cheval en peut opposer aucune résistance physique au cavalier par le simple fait qu'il ne peut pas s'appuyer.

En des termes simples, la flexion d'encolure permet de faire disparaître les résistances physiques du cheval, de le muscler, de l'assouplir, et de lui faire adopter sans contrainte matériel une bonne attitude de travail. Il va être amené ainsi à travailler avec son cavalier, sans s'opposer à lui, et va apprendre à mobiliser son corps dans un équilibre qui ne lui est pas naturel, qui est celui qu'il doit adopter avec ce poids supplémentaire que constitue un cavalier et sa selle sur son dos.


3°/ Comment demander une flexion, ce qu'il faut faire, et ne pas faire

Bien évidemment, une flexion ça ne se demande pas n'importe comment. Plusieurs choses sont à éviter. Inutile de dire que plusieurs méthodes existent, et qu'il n'y a pas à ce sujet de vérité générale, chaque cheval étant particulier. Celle que je vais présenter est celle que j'ai apprise auprès de mon professeur, qui l'a lui-même apprise chez Jean d'Orgeix, à qui je rends tous les honneurs pour l'avoir développée, c'est celle que j'emploi dans mon travail quotidien. Elle repose sur le principe de la barrière de main.

Dans tous les cas, une flexion ne se demande JAMAIS en tirant. On commence par attirer le bout du nez vers l'extérieur à l'aide d'une rêne d'ouverture, en amenant sa main prêt de la bouche. Et écartant et en ramenant sa main vers le garrot, on va laisser glisser la rêne jusqu'à obtenir la longueur de rêne qui correspond au pli demandé (on peut aller jusqu'à 80/90°, mais pas plus !! Comme l'a dit le grand Paqui, ce n'est pas une prise de judo !!!) et à la morphologie du cheval. La main, une fois posée au garrot, ne bougera plus : elle constitue alors la fameuse « barrière ». Notamment, elle ne pourra ni avancer, ni reculer.
Ainsi, si le cheval veut redresser l'encolure, pointer la tête, échapper à l'effort, il se heurtera à l'inconfort d'une rêne tendue. La main étant posée au garrot, le cavalier ne tirera à aucun moment (à éviter absolument !!! on ne tire jamais à cheval), elle se contentera de résister. En revanche, si le cheval décide de plier la tête de lui-même, la rêne se détendra, et il trouvera ainsi une position de confort et de liberté musculaire.
L'on voit ici l'­object­if recherché : le cheval doit se tenir dans l'attitude de la flexion d'encolure de lui-même. S'il le fait, il sera dans une position de confort. Au contraire, en cherchant à résister, il va se mettre tout seul en position d'inconfort. C'est de cette manière que se fait l'apprentissage correct de la flexion d'encolure, qui ne trouve son intérêt que si le cheval est dans le calme et la décontraction. Avoir l'exigence de toujours obtenir une flexion d'encolure sans conflit est primordial si l'on veut que ce travail lui soit bénéfique.
Voici ce que donne une flexion d'encolure correctement effectuée :


Une fois l'attitude obtenue (d'abord à pied, puis en selle) à l'arrêt, puis au pas en ligne droite, et enfin au pas, en cercle, on pourra commencer le travail en position de flexion (au pas, au trot, et au galop). Celui-ci comprend une multitude d'exercices : flexion en ligne droite, flexion pli à l'intérieur sur le cercle, flexion pli à l'extérieur sur le cercle, changements de direction en flexion, agrandissement/rétrécissement de cercles en flexion, etc... Laissez libre cours à votre imagination ! Travaillez régulièrement en flexion, notamment en fin de détente, permet d'obtenir un cheval souple, léger à la main, qui engage les postérieurs et tourne en équilibre, le tout dans la décontraction. N'est-ce pas merveilleux ?

V. Conclusion

Un cheval en flexion, et un cheval incurvé, sont deux choses différentes. L'incurvation est une attitude de travail, que l'on doit rechercher dans n'importe quel changement de direction. La flexion est un exercice, de musculation et d'apprentissage du cheval. Au-delà de tout ce qu'elle apporte au cheval, elle permet surtout d'obtenir énormément en peu de temps et surtout, et c'est pour moi le plus important, dans la décontraction et la légèreté. Et n'est-ce pas ce que nous recherchons tous ?

# Posté le dimanche 06 avril 2008 20:12